WE METAL FEST 2026 : la scène française frappe fort à Ris-Orangis
Pendant deux jours, Le Plan s’est transformé en zone de convergence pour les amateurs de metal sous toutes ses formes. Entre violence contrôlée, émotions à fleur de peau et performances visuellement marquantes, cette troisième édition du We Metal Fest a confirmé la vitalité d’une scène française capable de passer du heavy traditionnel à l’indus futuriste sans perdre le public en route.
Dès l’entrée dans la salle, l’impression est la même partout : ça vit. Entre les stands de merch, les échanges entre festivaliers et le ballet permanent entre la grande scène et le club, le festival prend rapidement des allures de rendez-vous familial pour passionnés. Pas de barrières entre générations ni entre sous-genres. Ici, les amateurs de hardcore croisent les fans de heavy, les curieux découvrent de nouveaux groupes et les habitués retrouvent leurs repères.
Le dimanche, particulièrement dense, va rapidement démontrer toute la pertinence de cette programmation.
Revnoir, le réveil parfait
Premiers à monter sur scène, les musiciens de Revnoir héritent d’une mission délicate : lancer le festival. Une mission remplie avec assurance.
Le groupe propose un metal moderne nerveux, porté par une identité visuelle travaillée et un sens évident des dynamiques. Les passages les plus mélodiques côtoient des séquences bien plus agressives, maintenant l’attention du public du début à la fin. Très vite, la salle se remplit et les premiers headbangs apparaissent.
Au-delà de la qualité d’exécution, c’est surtout la maturité du groupe qui impressionne. Loin d’une simple mise en bouche, Revnoir livre une véritable prestation de festival et donne immédiatement le ton du week-endFuries ouvre les hostilités avec conviction
Furies n’a pas besoin d’effets de manche pour embarquer le public. Le groupe mise avant tout sur la solidité de ses compositions et sur une exécution sans approximation. Sur scène, chaque musicien occupe l’espace avec naturel tandis que les guitares déroulent leurs harmonies heavy metal avec une précision chirurgicale.
La fosse réagit immédiatement. Les premiers rangs accompagnent les refrains, les nuques commencent à travailler sérieusement et l’on sent déjà cette proximité caractéristique du We Metal Fest : les groupes jouent devant un public venu voir les têtes d’affiche mais également prêt à défendre la scène émergente.

Ten56. : le mur de son
Le groupe joue sans concession. Les guitares frappent lourd, la section rythmique écrase tout sur son passage et chaque breakdown déclenche une réaction immédiate dans le public. La fosse se transforme alors en organisme vivant, avançant et reculant au gré des impacts.
Plus qu’un concert, Ten56. propose une expérience physique. On sent les basses dans la poitrine, les vibrations dans le plancher et l’intensité dans chaque mouvement de foule.

Rise Of The Northstar fédère toute une génération
S’il fallait retenir une image du samedi, ce serait probablement celle d’une salle entière scandant les titres de Rise Of The Northstar.
Le groupe maîtrise parfaitement les codes du live moderne. Tout est pensé pour créer la participation : appels au public, refrains fédérateurs, énergie permanente et occupation totale de l’espace.
Le résultat est imparable. Les chants collectifs prennent rapidement le dessus et certains morceaux se transforment en véritables moments de communion. Peu importe l’âge ou le profil des spectateurs, tout le monde semble embarqué dans le même mouvement.
Cette capacité à rassembler explique en grande partie pourquoi Rise Of The Northstar figure aujourd’hui parmi les locomotives du metal français.

Locomuerte transforme la salle en terrain de jeu
Changement radical d’ambiance le dimanche, lorsque Locomuerte prend possession de la grande scène.
Le quatuor arrive lancé à pleine vitesse et ne relâchera jamais la pression. Leur crossover thrash imprégné d’influences hardcore déclenche instantanément les premiers gros mouvements dans la fosse. Les circle pits apparaissent naturellement, les slams se multiplient et le public répond à chaque sollicitation.
Le groupe possède cette qualité rare : donner l’impression que tout peut déraper à tout moment alors que tout reste parfaitement maîtrisé. Chaque morceau agit comme une décharge d’adrénaline. Les échanges entre scène et salle deviennent permanents, le chant est repris, les bras se lèvent en cadence et la température grimpe nettement de plusieurs degrés.
À cet instant, le festival bascule véritablement dans une autre dimension.

Kill The Princess joue la carte de l’émotion
Après une telle débauche d’énergie, Kill The Princess fait le choix inverse : installer une tension plus émotionnelle.
Le groupe construit son set avec intelligence, alternant passages délicats et montées en puissance particulièrement efficaces. La voix d’Ornella occupe naturellement le centre du dispositif et donne une profondeur supplémentaire aux compositions.
L’un des points forts du concert réside dans la sincérité dégagée par les quatre musiciennes. Rien ne semble forcé. Les morceaux respirent, les silences ont leur importance et le public écoute avec une attention remarquable.
Dans un festival metal, parvenir à capter l’attention sans chercher la surenchère est souvent le signe d’une performance réussie. Kill The Princess y parvient sans difficulté.

Shaârghot livre le show le plus spectaculaire du week-end
Puis vient Shaârghot.
Dès les premières secondes, la scène disparaît derrière une esthétique dystopique parfaitement maîtrisée. Costumes, jeux de lumière agressifs, fumée et identité visuelle forte plongent le public dans un univers cohérent où chaque détail semble pensé pour renforcer l’immersion.
Mais le groupe évite le piège du spectacle qui masquerait la musique. Les rythmiques industrielles frappent dur, les séquences électroniques accentuent le caractère oppressant de l’ensemble et la machinerie sonore fonctionne à plein régime.
La foule se laisse totalement embarquer dans cette proposition atypique. Les regards alternent constamment entre les musiciens et les éléments de mise en scène, preuve que le pari est réussi.

Furies impose son heavy metal avec panache
Furies apporte une couleur différente à l’affiche. Le groupe s’appuie sur des guitares tranchantes, des lignes de chant accrocheuses et une présence scénique qui ne laisse jamais retomber l’intensité.
Dans une époque où les sons modernes dominent souvent les festivals, Furies rappelle que le heavy metal traditionnel conserve toute sa puissance lorsqu’il est défendu avec conviction. La fosse répond immédiatement et les refrains trouvent rapidement un écho dans les premiers rangs.
Un concert direct, efficace et parfaitement calibré pour le plaisir des festivaliers.

Lofofora conclut avec l’autorité des vétérans
Fermer un festival n’est jamais un exercice simple. Lofofora l’aborde avec l’expérience de ceux qui ont déjà traversé plusieurs générations de public.
Sans artifices inutiles, le groupe installe immédiatement son emprise sur la salle. Les morceaux s’enchaînent avec fluidité, les textes trouvent toujours un écho et chaque intervention de Reuno est accueillie avec attention.
Le public connaît les classiques et ne se prive pas de les reprendre à pleine voix. Le concert progresse ainsi dans une atmosphère de célébration collective, celle d’un groupe qui a marqué durablement la scène française et d’un public qui continue de lui répondre avec la même fidélité.
Lorsque les dernières notes résonnent dans Le Plan, la fatigue se lit sur les visages. Mais elle s’accompagne surtout d’un sentiment de satisfaction évident.
Un festival qui trouve sa place
Cette édition 2026 aura démontré toute la richesse de la scène hexagonale. Furies et Kill The Princess ont confirmé leur potentiel, Locomuerte a semé le chaos avec méthode, Shaârghot a impressionné par son univers, Ten56. et Rise Of The Northstar ont rappelé leur statut de références contemporaines, tandis que Lofofora a apporté la conclusion idéale à ce week-end.
Le We Metal Fest réussit à faire cohabiter des esthétiques très différentes sans jamais perdre son identité. Deux jours de metal, de partage et de décibels qui confirment que le rendez-vous de Ris-Orangis s’installe durablement dans le paysage des festivals français.