light Mode

Ce mardi 6 janvier 2026, il faut une bonne dose de motivation pour sortir sur des trottoirs transformés en patinoire dans la cité des ducs, mais comment rater l’opportunité d’aller discuter avec l’insaisissable Sakrifiss? L’organisation est assurée par l’Ordalie Noire , un label bien connu à Nantes, qui m’a entre autres permis de découvrir les Bâtards du Roi, tiens, tiens, c’était déjà aux Fleurs du Malt (en mai 2024) !

Sakrifiss, une vision du black metal

Après avoir patienté en buvant une (bonne) bière, on se décide à se rapprocher de la table où est déjà installé le plus Japonais des chroniqueurs de black metal (ou l’inverse, on ne sait pas trop!), accompagné d’Emilien, des Editions des Flammes Noires. En effet, c’est une tournée « promo » à l’occasion de la sortie de son livre « Sakrifiss, une vision du black metal« . Fort disert sous son masque, il nous met immédiatement à l’aise et nous ne tardons pas à deviser allègrement ! Sakrifiss évoque le parcours qui l’a mené de la sociologie à l’étude du japonais et à son installation au Japon depuis maintenant un quart de siècle.

Si je connais du personnage davantage ses réseaux sociaux, mon compagnon est en revanche incollable sur les chroniques de la chaîne Youtube et on a même droit à une exclu sur le thème de la prochaine ! Un petit indice : c’est dans la lignée des quatre éléments…

Akuzaï

Enfin, on se met à parler de la sortie du dernier album d’Enterré vivant. « Quoi, mais c’est toi, Enterré vivant?! » Mes deux neurones viennent de se connecter fort à propos et je me souviens très bien avoir découvert Akuzaï grâce à Scholomance (qui fait un super boulot, au passage !) en début d’année dernière. C’est l’occasion rêvée pour poser des questions sur le concept de l’album !

Hautement historique, la couverture interpelle directement : une femme japonaise souffrant visiblement de brûlures allaite un nourrisson. On ne se refait pas, je suis allée voir l’original (cliché pris près de Nagasaki le 10 août 1945, devant la gare de Michinoo, l’un des rares bâtiments ayant résisté à l’explosion atomique de la veille, réquisitionné en toute urgence pour l’accueil des blessés). Le ton est donné pour l’ensemble de l’album, consacré aux dix péchés ultimes (Akuzaï) mentionnés dans le bouddhisme, le tout englobé dans la catastrophe originelle, celle dont tout découle, la Seconde Guerre mondiale, dont l’issue est un drame sans précédent dans l’histoire japonaise. Pour nombre d’Occidentaux, le conflit se termine début mai 1945. Dans le Pacifique, les horreurs de la guerre se poursuivent encore plusieurs mois.

Si j’aime évidemment énormément l’aspect musical de l’album, un black metal très mélodique, je suis également profondément touchée par l’effort d’explication historique attaché à chaque morceau. Du discours d’entrée en guerre de l’empereur (qui ne sera jamais inquiété lors des procès de Tokyo) aux lettres des kamikazes en passant par le difficile rapatriement des soldats japonais en Birmanie (impossible de ne pas avoir les images et la musique du Pont de la rivière Kwai en tête, d’autant que la petite mélodie de Ryôshita reste bien en tête), c’est un tableau déchirant du Japon de l’immédiat après-guerre qui est ici brossé, émaillé d’extraits de dialogues de films, de cris et de chuchotements. Impossible de rester insensible à une telle écoute !

Mes titres préférés : « Chûto » (qui fait référence à la lettre d’un jeune pilote kamikaze de 17 ans à ses parents) et les titres miroir « Sesshô » et « Jain », eux aussi en lien avec une autre lettre envoyée par un jeune à ses parents. La fin de « Jain » est également illustrée par des dialogues d’un film sur Hiroshima racontant la vie des survivants, qui fait évidemment songer au film d’Alain Resnais sorti en 1959 (d’après un livre de Marguerite Duras). Impossible enfin de ne pas citer « Kiga », dont la musique comme les paroles portent peut-être l’espoir ténu d’un lendemain…

Akuzaï est un voyage dont on ne sort pas indemne et est à de multiples titres hautement recommandable !

Enfin, nous repartons dans la nuit froide de janvier, mon compagnon avec son exemplaire dédicacé du livre de Sakrifiss et moi serrant contre mon coeur mon CD (dédicacé aussi, à l’ancienne, comme nous !) d’Akuzaï. Un grand merci à Sakrifiss pour sa disponibilité et sa gentillesse (contrairement à ce qu’il peut sembler sur la photo, aucun Sakrifiss n’a été blessé durant l’entrevue ! ), ありがとうございます

Hélo