Pas simple de venir proposer un écrit sur ce disque – que dis-je, cet ovni musical – sorti en septembre 2019 sur Mantra Records (*) par les Grecs de VILLAGERS OF IOANNINA CITY. Parce que « Age Of Aquarius » n’est pas un album comme les autres. C’est un voyage complètement immersif. Comme son nom l’indique, le groupe nous vient de Ioannina. Ville principale de la région d’Épire située au nord-ouest de la Grèce. Ce n’est pas vraiment la carte postale du type Mykonos ou Santorin, mais plutôt un panorama de la Grèce profonde et mystique : région de montagnes imposantes, de rivières sacrées et de légendes. Et c’est exactement de là que vient la musique du groupe : ancestrale, rituelle (« Dance Of Night »), et parfois cosmique (un peu à l’image du Verseau androgyne de la pochette regardant les étoiles).
Fondé en 2007, et déjà auteur d’un premier album « Riza » (racine en français) en 2014, le combo grec mélange ici Stoner, Rock Psychédélique et Progressif. Mais surtout, il greffe à ça des instruments traditionnels : cornemuse, et surtout une clarinette. Une clarinette qui ne fait pas « Folk de fanfare ». Non ce n’est pas l’objectif. Ici, elle clame, elle chante, elle pleure, elle plane. Parfois elle shredde presque comme une guitare lead, parfois elle devient spectrale. Le résultat est tout simplement captivant, hypnotique et souvent étincelant.
L’album est une immersion totale. Le mérite en revient à des compositions assez longues, lentes (pour la majorité mid-tempo avec quelques pointes plus nerveuses), architecturées de manière méticuleuse (force est de constater que rien n’a été laissé au hasard) avec des montées progressives totalement addictives. On y ressent de la finesse, de la profondeur et une foule de subtilités. Entre arpèges comme sur le dantesque « Dance Of Night« , riffs lourds et massifs à la « Father Sun« , et longues atmosphères aériennes et planantes (« Part V »), le tout est porté par les vocalises puissamment mises en avant d’Alex Karametis. Mélodieuses, éthérées et absolument magistrales (« Millennium Blues »), avec juste sur « Part V » quelques grognements qui tranchent avec le reste (un côté un peu Post Metal ici même).
Et c’est là aussi une des signatures du groupe : la construction des morceaux. Ces longues montées en tension, progressives, totalement maîtrisées, ces boucles hypnotiques qui s’étirent, qui respirent, un peu comme sur le presque cérémonial et génial « Dance Of Night« . Des morceaux qui prennent leur temps pour nous emmener vers des contrées un peu plus lointaines synonymes d’évasion (« Part V »), et rappelant même les plus belles heures de PINK FLOYD. C’est souvent somptueux, créatif et intelligent. C’est ce qui fait aussi de VILLAGERS OF IOANNINA CITY un groupe à part.
Quant à la production, elle est de haute volée. Suffisamment claire et puissante, organique aussi avec cette légère réverb’. Ce qui donne non seulement un aspect live à l’ensemble mais aussi ce côté parfois psyché. Le tout rendant largement honneur aux différents instruments : la clarinette, la basse qui ronronne comme il faut, la batterie percutante qui sait se faire massive également (quel son sur « Age Of Aquarius » !) et ces soli de guitare du meilleur acabit (énergiques sur « Millennium Blues », elles sonnent avec feeling sur « Part V« ).
« Age Of Aquarius », c’est soixante-six minutes pour dix titres. Dont une intro lancinante avec « Welcome » qui plante littéralement le décor. Une outro avec « Sparkle Out Of Black Hole » qui nous envoie flotter directement dans les étoiles (un côté très cosmique et planant ici). Et en plein milieu, « Arrival » qui fait office de ‘sas’ spatial (ou pont cosmique c’est comme vous voulez!) avec une clarinette spectrale avant le second acte.
Car le groupe sait aussi surprendre. Avec le monstrueux « Millennium Blues » notamment et son rythme Reggae de bel aloi, porté par des chœurs féminins polyphoniques. Le contraste est saisissant : la pureté des voix féminines contre la lourdeur du riff quand le morceau bascule en mode Heavy Stoner puissant. La patte PINK FLOYD façon « Meddle » est d’autant plus palpable à ce moment-là. Avec « For The Innocent » également, où le groupe se veut plus direct et accrocheur, et où la clarinette est jouée comme une seconde guitare. C’est le ‘single’ évident du disque, au pouvoir d’accroche imparable, alors qu’avec « Cosmic Soul », le son se veut plus psychédélique et spatial, porté par un riff monocorde qui s’ancre direct dans la tête.
« Age Of Aquarius » est un album qui a fait connaître, voire fait exploser VILLAGERS OF IOANNINA CITY au-delà des frontières grecques. C’est, à mon humble avis, devenu tout simplement une référence en matière de Stoner Metal. Je vous avoue que le nouvel album (« Venceremos ») prévu fin septembre 2026 est très attendu de mon côté.
Vous l’aurez compris, « Age Of Aquarius » est un album qui nous happe et nous hypnotise avec ses longs passages lancinants, et cette clarinette qui nous émerveille autant qu’elle exprime ses humeurs. Un chouette album, au final, aussi élégant qu’addictif et qui sort surtout des sentiers battus.
Note : 4,5/5 arrondie à 4/5.
Morceaux préférés : « Millennium Blues », « Dance Of Night », « For The Innocent », « Age Of Aquarius ».
(*) Je possède de mon côté l’édition de 2020 (en digipack svp) sortie chez Napalm Records