Moonraisers – Le retour éphémère

Fondé en 1992 sur les rives neuchâteloises, le groupe suisse Moonraisers est composé d’une dizaine de musiciens. Connu pour son son unique appelé le « Word’n Moonstyle », mélange de différents styles, Moonraisers a su au fil des ans, se forger une renommée qui a dépassé les frontières suisses avec des titres comme « Rise Up » ou encore une reprise d’ « Hotel California ».

De 1992 à 2011, le groupe a réalisé sept albums et un live :

1996 : Mirror

1997 : World Without Wars

1999 : Legacy

2001 : Live

2003 : Human

2007 : Do The Right Step

2010 : The Story

2011 : Boyo

En 2011, le groupe met un terme à sa carrière, voulant ainsi stigmatiser l’univers musical qui nuit aux artistes et le soutien inexistant dans le monde de la musique et de son art.

En décembre 2017, le groupe revient avec un nouveau single appelé « Recreate Paradise ». Ce n’est qu’au début de l’année 2018 que les Moonraisers annoncent la sortie d’un nouvel album « Who Are We ? » et une tournée de concerts limitée.

Les Moonraisers ont toujours gardé leurs âmes, ils sont restés fidèles à leurs convictions et n’ont jamais perdu l’amour de la musique et leur public. Même devant le constat amer de notre société. Avec « Who Are We ? », le groupe pousse les gens à se poser des questions telles que « qui sommes-nous ? » et « que faisons-nous sur terre ? ». Moonraisers revient avec cet album à des sonorités plus basiques. Les paroles restent toutefois, plus engagées que jamais, revendicatrices, activistes et touchent aux thèmes les plus percutants, dénonçant les vices de notre société de consommation.

A l’occasion du BeRock Festival où le groupe s’est produit, le chanteur des Moonraisers nous a accordé une interview :

Tout d’abord, bonjour Jaba et merci de nous accorder un peu de temps.

Pourquoi avoir appelé le groupe « Moonraisers » et que signifie ce nom pour vous ?

On avait un groupe qui s’appelait « Up Raisers » dans les années 1991. On s’est trouvé à Neuchâtel avec Armando des « Chemical Springs », on a monté un groupe ensemble, et là il fallait trouver un autre nom. De « Up Raisers », « se soulever », on est venu à « Moonraisers » ceux qui se lèvent avec la lune, ou ceux qui portent la lune.

On ressent de nombreuses influences en écoutant votre musique : un mélange de roots reggae, de funk et d’électro, quelles sont tes principales références musicales et sources d’inspiration ?

Je n’ai pas vraiment de références, j’ai écouté du Bob durant toute mon enfance, il est sûrement une des références pas seulement dans le reggae, mais aussi dans la composition, dans l’écriture et dans ce qu’on peut peut-être appeler une idéologie. Je me suis plutôt éloigné de plus en plus du reggae lui-même pour devenir un penseur libre. Après, je pense que c’est le groove, le « vivre ensemble ». J’ai fait du calypso avec huitante (pardon quatre-vingt) personnes aux Caraïbes et aussi ici en Suisse. On avait un groupe de quinze personnes à l’âge de 10 ans, donc jouer avec beaucoup de musiciens a toujours été l’objectif.

Vous vous reformez pour un an avec votre nouvel album appelé « Who are We ? ». C’est ce qu’on appelle un back on track, penses-tu que ce sera le seul et l’unique ?

Pour l’instant, on a limité à une année et le but est d’être très productif. On ne sait pas maintenant si l’année prochaine on va encore faire des concerts par-ci, par-là. Après, je ne suis plus vraiment pour monter sur scène, je suis plutôt tourné vers d’ autres objectifs. Je n’ai rien qui marche avec des plans : on fait ce qu’on sent de faire.

Après sept ans d’absence, quel effet ça fait de remonter sur scène ?

Les moments où l’on monte sur scène ne sont pas nombreux et ils sont plutôt courts. C’est tout le reste qui prend beaucoup plus de temps, travailler avec le groupe et surtout les musiciens qu’on a retrouvé et les nouveaux qui se sont ajoutés. Monter sur scène est devenu pénible pour moi, parce que j’ai remarqué que ce n’était pas vraiment ce que les gens recevaient que nous voulions vraiment donner. En gros, j’ai compris que l’art, c’est le moment où on le crée, ce n’est pas vraiment quand on monte sur scène, à partir du moment où l’on change de registre, on devient performeur ou acteur dans un sens. C’est ce côté-là qui n’est pas vraiment juste et qui n’est aussi pas vraiment compris par les acteurs et par les consommateurs.

Nous vivons dans une société très individualiste avec le vice d’une société que nous connaissons tous. Votre dernier album s’appelle pourtant « Who are We ? ». Penses-tu que s’il s’était appelé « Who am I ? », les gens se poseraient plus de question sur eux-mêmes ?

Non, parce que justement la question de « qui sommes-nous ?», c’est ce qui nous divise, c’est notre égo. Le « qui je suis, moi ?», il faut comprendre « qui nous sommes, tous ensemble ». Si on rentre dans l’individualisme, on se divise à nouveau les uns des autres. C’est vraiment comprendre « qui nous sommes ensemble ». Le « moi » en lui-même, c’est déjà l’égo qui nous divise des autres. Il est important de comprendre « qui nous sommes, Nous » et puis ce qu’on a à faire ici.

Tu es le leader du groupe et c’est toi qui es à l’origine de ce projet, peux-tu nous expliquer comment vous travaillez toi et tes musiciens ?

Aujourd’hui je suis leader, c’est comme ça qu’on voit les choses depuis l’extérieur, mais à l’intérieur, il y a un producteur ; Pascal Brunko (Damp Production) qui a fait aussi la moitié de la composition de l’album. Il y a aussi ; Thomas Chaillan, le directeur musical, les cuivres et les chœurs sont autonomes et moi qui m’occupe de la section rythmique et de la batterie. Les tâches sont complétement partagées. Je suis le leader parce qu’on m’a mis dans cette position là, mais je n’ai ’jamais voulu être dans cette position. Dans l’ensemble, je pense que le rôle du leader c’est justement de trouver les forces, de les mettre à leur place et de regarder que l’ambiance générale est bonne.

Devant le succès rencontré avec le cover, « Hotel California » du groupe Eagles, pouvons-nous nous attendre à un nouveau cover en « cadeau » d’adieu ?

Non, on a plus à dire dans nos propres morceaux, même si ce n’est peut-être pas des tubes, la sincérité, elle, est totale. Dans les précédents albums, on essayait de faire des morceaux qui seraient plus joués à la radio, aujourd’hui pour nous ce qui importe, c’est de rester sincère autant avec nous qu’avec les gens.

Tu faisais part lors d’une interview sur une chaîne nationale en mai 2018, de ta volonté de vivre en parfaite autonomie. As-tu pu à ce jour réaliser ton rêve ?

C’est un rêve, il n’a pas d’attente et il n’a pas d’agenda. On a trouvé des terrains, mais on n’a pas encore pu les acheter, car il faut payer les frais d’enregistrement de l’album. Mais ça va se réaliser je pense l’année prochaine, on aura un ou deux terrains à mettre à disposition ou justement les gens pourrons essayer de vivre avec la terre, sans lui faire de mal

Si tu devais emmener seulement trois albums sur une île déserte, lesquels seraient-ils ?

Je ne suis pas quelqu’un qui écoute beaucoup de musique, c’est ce qui étonne toujours les gens. Quand tu es musicien, tu consommes peut-être moins, en tous cas dans mon cas et sur une île déserte, je ne saurais pas quoi faire avec des CD. (Rires)

Liens externes :   www.moonraisers.com

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Photos by Alain Jordan